Lundi 21 décembre 2009
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Il ne faut pas parler de Quénécan, il ne faut pas parler de la forêt, elle doit rester secrète. Elle est à Brocéliande ce que la lune est au soleil, ce que la nuit est au jour, la part magique et
obscure. Elle love dans ses plis grottes et vallées, clairières et masures, château et rivières. Il y a quelques trente années, elle était le repère d’une grande tribu internationale, vivant de
musiques et de chants, de danses ou de voyages. Le Comte de Pontavice louait alors pour quelques bouchées de pain, ses anciennes maisons perdues au creux de sa forêt à tous ces vagabonds fleuris et chacun d’y retrouver la vie sauvage, l’eau au puits, la lampe à la bougie, les enfants au soleil. A nous les danses sous la
lune, les aubes claires et les chemins de traverses. Nous y rencontrions toute une faune multicolore, un ensemble d’artistes en tous genres. Tribus amérindiennes de passage, adaptes bouddhistes
en quête de sagesse, femmes tiges et garçons blés. Quénécan a couvé des rêves fous et des espoirs utopiques. Les communautés y ont fait pousser les jardins d’un Eden qui s’est perdu et les
quelques irréductibles y laissent juste encore poser les traces sages de pas sur les chemins de la mémoire.
Dans ce capharnaüm de voix, de gestes, volubilis de joie, se croisaient tous les rêveurs du siècle mais aussi tous les voyageurs intrépides, les
apatrides, les égarés, les refusés. Berlin en pleurs, Kaboul en larme, Prague en sang, s’y retrouvaient pour un appel, encore et toujours à la vie.
Ainsi nous avons croisé la route de Réon.
Mais Réon malgré ses vestes mauves, ses chapeaux pointus, ses velours et ses soies, n’était pas un hippy et Réon nous épatait toujours. Réon était
grand, et sa force terrible. Sa voix puissante tonitruait à chaque heure de ses beuveries sans fin. Réon étonnait, Réon intriguait, Réon
effrayait.
Ce grand gayard avait fuit la Tchécoslovaquie devant les chars en 1968, à l’orée de sa jeune vie, laissant sur place, père, mère, famille, vie. Lui et son compère Rouda gardaient dans le fond du
regard l’angle bleu de bohème. Ils se baignaient, ils se lavaient plus exactement, quelque soit la saison dans l’eau glissante de la rivière. Arrivés par l’Autriche et la Suisse ils avaient
échoué sur les terres velues de la Bretagne mystérieuse. L’un était peintre, l’autre potier.
On parle encore de la grotte de Réon et de son
Argondia,
qui dénote dans le monde des années 1980, loin du Pop Art et des essais psychédéliques du monde actif d'une mode en ébulition. Réon est déjà dans le rêve et l’autre monde que son âme sauvage sait
croiser aux détours de la lisière brune de la forêt bretonne.
Le travail de Réon aurait tout du « Fantasy », personnages d’un autre monde, Trolls, gargouilles, idées oniriques, femmes elfiques, animaux fantastiques. Mais loin de se garder d’une
décoration fatale, l’œuvre plonge bien plus profondément. Elle y trouve les rêves croisés des surréalistes par les recoupements des projections inconscientes que chacun peut reconnaitre pour les
savoir siennes, au moins une fois. Les compositions, les couleurs, sont audacieuses et dynamisent l’ensemble, ce qui le distancie définitivement d’un art décoratif d’illustration.
Dans ma folle jeunesse je me souviens de cet esprit fin chevauchant ce corps gigantesque, les colères terribles. Le déchirement d'une âme passant par des yeux d’enfant dans une figure
d’ogre.
Juste un rêve, plus fort que les autres ….
Réon a retrouvé sa terre première et c’est là bas que maintenant s’exprime les volubiles tiges de ses rêves sensibles.
Pouvons nous encore espérer que son site offrira une traduction en français, ou qu’une galerie française osera exposer cet artiste que les âmes de nos plus grands artistes ont couvé dans le clair
- obscur d’une Bretagne que chacun sait, si magicienne ?

http://argondian.eu/
Site de Réon, en langue tchèque et anglais
http://fr.wikipedia.org/wiki/Reon